Aller à la navigation Aller au contenu
Texte

Développement [web] durable

Ce texte est une réaction au Sustainable Web Manifesto, dont la lecture m'a laissé sur ma faim tant j'ai trouvé ça creux. J'ose espérer que cette réplique n'est pas trop moralisatrice.


Le développent [web] durable, c'est continuer de faire ce que l'on fait en ce moment (de la croissance infinie), avec des soi-disants énergies renouvelables. Ce qui ne m'apparait pas du tout durable! Le soleil, le vent, les marées, les rivières, sont bien sûr des forces qui sont constantes et renouvelables, ça ne fait aucun doute. Mais c'est les infrastructures pour les capter et les transformer en électricité qui ne le sont pas!

On parle de béton, de métaux de toutes sortes, de composants électroniques, de verre, etc. Et pour compenser cette puissance que les énergies fossiles nous apportent, nous aurons besoin d'énormément de ces infrastructures qui, demanderont à être entretenues, renouvelées et augmentées.

De plus, ce nombre important de nouvelles infrastructures, exigera de plus grandes surfaces pour les installer. On parle d'endroits inhabités où la nature à encore une place, sa place! Donc, dans cette course à l'énergie «propre», nous allons encore empiéter d'avantage, l'humain poursuivera son raz-de-marée sur la nature.

Bien sûr, cela ne règlera rien. Tout ce que nous faisons c'est consolider l'industrie de l'énergie «verte». Comme l'industrie automobile à pris la place de l'industrie de la calèche, celle des énergies fossiles, sera prise par d'autres. Sans parler de l'effet rebond).

Il me semble que l'écologie est devenu la chasse au CO2, et rien d'autre. Comme si l'écologie ne concernait plus la préservation de la nature et encore moins sa régénération. Non, c'est toujours ce foutu CO2!

Les écologistes que l'on entend dans les médias (toujours les mêmes), sont ceux qui parlent de voitures électriques, de panneaux solaire et d'éoliennes; ce sont ceux qui ont un discours industriel, une pensée industrielle et statistique. Ce sont ceux qui, nous disent que le pétrole et les pets de vaches c'est mal.

Quand ce n'est pas le pétrole ou le fait de manger des ruminents qui est foncièrement mauvais, mais plutôt notre culture autour de cette consommation; c'est la place trop importante qu'ils occupent! C'est un problème de comportement humain, un problème de société.

C'est le problème d'une civilisation qui est dominée par le capitalisme. Les moyens de production sont monopolisés par une minorité, afin de soumettre la majorité (dont la biodivercité) à ce pouvoir. Un système extractiviste qui, exige une surproduction et une suroffre; les surplus ne pouvant être distribués gratuitement, sont bien souvent détruits ou au mieux recyclés sans que les laissés pour compte de ce système puissent en bénéficier.

C'est donc une immense machine de surconsommation et de gaspillage, soumettant nature et humains; un train fou sans réel conducteur. Une mécanique incapable d'assumer les externalitées négatives et les conséquence sociales, tant sa course à la croissance infinie demande de jeter par-dessus bord (dans les marges), toutes résistances qui pourrait la ralentir. Les capitalistes dilapident le patrimoine de tous les êtres vivants de cette planète et surtout celui de leurs descendants, et ce, avec une certitude et une foi inébranlable!

Le pétrole donne des superpouvoirs qui, confèrent à chacun de nous des centaines d'esclaves énergétiques. Ces pouvoirs nous les aurions eu pendant des dizaines de miliers d'années si, nous les avions considérés comme un cadeau précieu dont il faut usé avec parcimonie.

Il y a bien sûr une part d'ignorance là-dedans. Mais nous nous sommes tout de même embarqué dans cette course folle d'avidité en nous servant à tort et à travers, comme un alcoolique cloîtré dans une cave à vins. Les dépotoires sont remplis des artefacts de cette insouciance. Même aujourd'hui, en sachant que nous roulons avec un réservoir presque vide, nous continuons à en gaspiller, comme si il n'y avait pas de lendemain.

Le mal absolu, c'est peut-être ce désir de se substituer à la nature? Et par hubris, penser pouvoir prendre sa place et faire mieux qu'elle, pour son seul avantage, son seul profit. Est-ce le destin de l'humanité, ce sabotage que nous nous infligeons? Avons-nous collectivement la capacité de nous auto-réguler pour notre salut? Ou arriverons-nous bientôt à la fin du règne des sapiens sapiens? Autrement dit, est-ce que la fin de l'histoire est déjà écrite en nous?


Si l'on veut faire du développent web éco-responsable et éthique, il faut d'abord admettre que c'est d'une certaine façon impossible à faire. On peut faire mieux (vraiment mieux), mais on ne peut certainement pas être «écologique»! Quoi que l'on fasse, dû à la nature de notre activité, nous avons un impact négatif. C'est le propre de toute industrie.

Le numérique c'est lourd. Ce n'est pas que des zéros et des uns. C'est des fils, des boîtiers métalliques, du plastique, des immenses cables sous-marins, des infrastructures énergétiques pour alimenter les centres de données et les serveurs, puis pour les refroidir; c'est du papier, du carton, de l'huile de coude, etc, etc, etc. Il n'y a rien de magique, pas de poudre de perlin-pin-pin, pas de licornes sur des nuages.

Une fois que nous avons pris conscience de cela, nous ne devons pas l'oublier. Nous devons vivre avec et cela doit guider nos décisions.

Ensuite, dans la mesure du possible nous devons nous libérer de notre fétichisme technologique: cet attrait de la nouveauté envers tout ce bling-bling tout neuf qui fait bip-bip, et qui est supposément plus rapide, plus puissant et qui peut (paraîtrait-il) tout faire. Vous savez, cette chose qui nous picotte toute les deux ans et nous coûte trop cher.

Pourquoi? Parce que la majorité de l'impact écologique d'un appareil numérique se fait lors de sa production. Sans parler des impacts sociaux-politiques que peuvent engendrer l'extraction des matières premières et la construction du dit appareil. Sinon il y a aussi l'impact sur les écosystèmes … Avez-vous déjà vue une mine à ciel ouvert? Ça vous bouleverse un territoire et les dégâts sont longs à réparer.

Ce que nous devons faire, et qui devrait être notre projet de société, c'est de régénérer la nature, ré-ensauvager nos espaces de vie. Malheureusement, ce n'est pas en concevant des sites web et des apps que nous allons accomplir cela. Nous nous devons de retourner à la nature et rétablir la connexion, pas d'une façon primitive, nous ne pouvons pas retourner en arrière (du moins pas à dessein); plutôt développer une symbiose sophistiquée, où nous ne serons plus seulement ceux qui prennent, mais également ceux qui donnent, pour un bénéfice mutuel, dans un contexte de préservation et de régénération, pour les centaines de miliers de générations à venir.